Les reines de Saba. Rien de moins que
cela.
C’est ainsi que j’ai imaginé la représentation des femmes yéménites,
les femmes de TEIMAN : dorées, nobles et majestueuses.
Et plus je prenais conscience des histoires difficiles et des sombres
réalités dans lesquelles elles vivaient, plus je voulais mettre en
avant et faire ressortir ces femmes-lionnes.
Ces reines fortes et puissantes. Car c’est ainsi que je les vois. C’est
ce qu’elles sont.
Nos mères, nos grands-mères, nos arrière-grands-mères : des générations
de femmes qui, pendant des centaines d’années ont enduré avec grâce,
dignité et éclat, des souffrances indicibles, des frustrations amères,
sentiments d’impuissance totale ou encore d’innombrables déceptions.
Des femmes réduites au silence, privées de leurs libertés
fondamentales, condamnées à un labeur quotidien éreintant et
contraintes de faire face à des situations indescriptibles telles que
les mariages forcés et les mariages de convenance, tout cela dès l’âge
tendre de neuf ou dix ans.
Des jeunes filles qui n’osaient pas rêver sont devenues des femmes
travailleuses et exemplaires, menant leur vie avec une sagesse discrète
et une extrême prudence au milieu de lois familiales strictes et d’une
réalité inimaginable où le désespoir rôdait jour et nuit.
Elles vivaient sous un régime musulman oppressif, et des lois
tyranniques d'une structure sociale patriarcale ainsi que des coutumes
juives rigides qui les opprimaient, les rabaissaient, les
maltraitaient, les réduisaient au silence et cherchaient à les effacer.
Nous – les filles, petites-filles, arrière-petites-filles et
descendantes de la dynastie des femmes juives yéménites – leur donnons
une voix sur scène, en chantant haut et fort, en public, ce que nos
mères ne pouvaient faire qu’en secret, dans l’intimité de leurs
chambres. Des chants personnels pour exprimer leur amertume, leur
réprobation, leur chagrin, leur rébellion et leur subversion, mais
aussi leur humour, leur passion, leur amour et leur rire. Des chants
que personne ne voulait entendre et qu’il était même déconseillé
d’écouter.
De ces sentiments et émotions vieux de plusieurs siècles, émergent des
textes et des sons longtemps refoulés et réprimés. L’aspiration à la
liberté, la soif d’épanouissement, le désir d’amour véritable et
d’intimité sincère. Chaque chanson que nous avons choisie est mûrement
réfléchie et exprime un message clair. Chacune a été traduite de
manière définitive et cohérente, ses sens et ses significations étant
mis en lumière de façon honnête et limpide.
Même lors de nos journées de tournage, nous avons choisi de ne pas
porter de fleurs sur la tête, d’accessoires encombrants, ni de
vêtements à plusieurs couches, contraignants et peu pratiques.
Sincèrement, nous voulons mettre fin à cet hommage lamentable à
l’exotisme. Nous souhaitons faire ressortir la beauté qui se cache sous
ces couches : des femmes libres, rieuses, libérées, insouciantes et
indépendantes, exactement telles qu’elles sont nées et qu’elles ont
rêvé d’être.
La tradition que nous avons choisi de mettre en lumière est celle de la
sagesse tribale, celle d’une âme féminine indomptable ; un esprit
noble, meurtri mais fier. Une tradition séculaire de femmes belles et
fortes qui incarnaient une force incroyable et une résilience hors du
commun.
Les reines de Saba.
Talya G.A Solan.
Talya G.A Solan : chant, direction
artistiques
Michal Zandani : chant, percussion
Sharon Kenzey : chant
David Cohen : oud
Guy Yehezkel : ney
Avri Borochov : contrebasss, arrangements
Amiel Vanzelbaum : percussion